Julien Gagnon

À quoi ressemble le road trip d’un skateur québécois aux États ?

À quoi ressemble le road trip d’un skateur québécois aux États ? 

Le skateur Julien Gagnon l’explique en 5 jours, 5 spots 

 

Partir en road trip dans un Grand Caravan pendant 100 jours à travers les États-Unis, sans trajet prédéfini ni destination précise, c’est le défi que ma copine Charlie et moi vivons pour la deuxième année consécutive. Ça mène inévitablement les aventuriers à travers une suite de situations inattendues sortant totalement du train de vie que l’on est habitué de vivre au quotidien. Du haut de nos quatre roues de 32 pouces ou de 53 mm, les péripéties, les surprises et les émotions fortes ne sont ne manque pas; nous avons autant vécu la vie d’un roi que celle d’un démuni. Dans cette idée où la vie au jour le jour ne dépend que du destin, je vous invite à vous mettre dans notre peau de  roa trippeux au travers de cinq moments que nous avons vécu à cinq spots différents.

SPOT 1 – La ville aux coquerelles

 

Après une longue journée sur la route, il nous arrive souvent de vouloir aller nous divertir dans une ville. Cette journée-là, nous avons misé sur Wilmington, en Caroline du Nord. Arrivés, nous sommes passés devant un Kink Rail parfait à l’intérieur d’une cour d’école éclairée ; je ne pouvais m’empêcher d’arrêter pour possiblement faire une photo de skateboard ! Puis, au même moment, Charlie et moi avons crié : « OUACHH, UNE COQUERELLE ! » , mais ce n’était pas la même. C’est à ce moment que nous avons pris conscience de l’infestation qui se dressait devant nous : des centaines de coquerelles couraient dans toutes les directions à mesure que nous avancions. Charlie se précipita debout sur un banc avec son sac de bretzels dans les mains, en les échappant un peu partout autour d’elle ! Malgré les nombreux inconvénients, je voulais tout de même me lancer sur cette rampe d’escalier. Cependant j’ai dû vite cesser cette tentative à cause du dégout et de la peur qui me traversait le corps. Avez-vous déjà essayé de rouler au travers d’une autoroute de coquerelles passant devant vous à toute allure? Et bien je vous assure que ça n’a rien d’excitant. C’est donc un peu dans la déception que nous sommes retournés dans notre maison mobile. Cependant, j’ai vite rebroussé chemin avec la mission d’aller photographier une de ces fameuses bibittes, et ça n’a vraiment pas été difficile; plusieurs d’entre elles étaient déjà en train de se régaler des morceaux de bretzel que Charlie avait laissé derrière.

SPOT 2 – Le village en ruine de Speedy Gonzales

 

Perdu à la frontière entre la Caroline du Sud et du Nord se trouve un endroit désertique sortant directement d’une fiesta mexicaine des années 60 : South of the border. C’est un vieux village d’amusement familial surement créé par Speedy Gonzales et Pédro Amigo. Malgré que l’endroit est totalement en ruine et dépassé, tout est très étonnamment encore fonctionnel. Des centaines de statues diverses représentant majoritairement des animaux et des chapeaux mexicains sont installées dans les bordures de l’unique route ; elles ont toutes l’air d’avoir été peintes au moins 25 fois dans leur existence. Il faut également vraiment être spécial ou aveugle pour dormir au seul motel de l’endroit ; il est totalement insalubre et aurait eu l’air abandonné s’il n’y avait pas eu un truck devant la chambre 1. Malgré l’étrangeté de l’endroit, nous sommes tout de même allés nous amuser. D’abord, en allant à la salle d’arcade jouer une partie de basketball à 25 cents sur une machine dont le score ne s’affichait plus. Ensuite, en allant prendre une photo avec chacune des statues mystérieuses nous rappelant l’île de Pâques ; ça a dû nous prendre 1h30 faire la tournée de celles-ci tellement il y en avait. Puis, en visitant le gift shop qui est rempli de bébelles qui sont à vendre depuis au moins 20 ans et qui est vide de gens.

Enfin, j’ai fait quelques 360 flip sur la partie la mieux asphaltée de l’endroit avant de me faire kick out par la sécurité de South of the border. Si on ne peut pas faire de skateboard là-bas, je me demande bien qu’est-ce qu’il y a d’autre à y faire… Alors, reprenons la route.

SPOT 3 – Le paradis terrestre

 

Enfin en Floride. Le soleil, la plage et des beaux skateparks ! Notre premier arrêt fût décidé sur un coup de tête. Jacksonville beach, une ville pas trop touristique au Nord-Est de l’État. Nous n’y étions jamais allés, mais y retournerions chaque année. D’abord, parce que les gens sont d’une gentillesse inégalée jusqu’à maintenant dans nos péripéties. Ensuite, parce que la plage est merveilleuse, sans trop de gens et avec un grain de sable parfaitement fin. Enfin, parce qu’un nouveau skatepark a ouvert au mois de mars dernier, South Park Skatepark.

C’est le meilleur skatepark que j’ai pu skater dans ma vie jusqu’à maintenant : deux piscines, un snake run et une section street conçue en rond pour faire des lignes interminables. Cette ville est donc devenue notre lieu de culte pendant 3 jours consécutifs. La routine y est fort simple : plage, skatepark, Walmart (nous dormons dans le parking du Walmart). Ma copine a eu la gentillesse de me filmer plusieurs séquences dans le skatepark et j’en ai fait un montage disponible sur mon Instagram.

Nous avons vraiment rencontré des gens formidables dans cette ville, notamment des policiers qui, malgré être venus nous voir pour être dans le parc à l’extérieur des heures d’ouverture, ont passés 20 minutes de leur temps à discuter de notre voyage pour finalement nous donner des collants de leur poste de police. C’est une ville à visiter.

SPOT 4 – La ville des motards et des grains de sable

 

Daytona Beach est une autre ville de Floride bordant l’océan Atlantique ; elle est très populaire chez les motards, qui s’y rejoignent pour toutes sortes de raisons qui sortent de mon champ d’intérêt. Moi j’y étais plutôt pour y faire une promenade avec ma copine, une promenade qui s’est avérée beaucoup plus sableuse qu’autre chose. En fait, nous avions entrepris notre promenade sur le boardwalk lorsque j’ai vu à l’horizon une belle rampe d’escalier très large, comme les skateboarders les aiment. Il n’y avait qu’un seul problème : les escaliers se terminaient au commencement de la plage et donc, directement dans le sable. Ça serait une maudite bonne idée d’essayer de faire une manœuvre dessus et d’atterrir dans le sable, non ? Quelques instants plus tard, ma blonde était couchée dans le sable, prête à capter ce moment hors du commun.  Au premier essai, mon 50-50 a bloqué et je me suis ramassé tête première dans un milliard de grains de sable. Avant de recommencer, je devais trouver une solution à ce blocage ; pourquoi ne pas waxer le ledge avec du sable. Cette idée venue du ciel s’adonna à être un succès ! Au deuxième essai, je réussis mon 50-50, puis je remis mes grains chanceux en position pour un faire un noseblunt slide. Charlie capta à merveille ce moment. C’est après avoir effectué mes cascades que j’ai réalisé l’étendu du problème que je devais maintenant faire face. J’avais du sable à partir de la racine des cheveux jusqu’à l’intérieur de mes bas. Un désastre pour des gens vivant dans une automobile.

SPOT 5 – Cocoa Beach

 

Cette journée-là, après avoir visité le site où la NASA lance ses fusées, nous avons décidé d’aller boire de la FOUR LOKO à Cocoa Beach, toujours en Floride. Pourquoi pas. Arrivés à destination, nous avons fait face au plus grand surf shop que j’ai vu de ma vie ; un Ron Jon ouvert 24 heures par jour ! Incroyable, c’est certain qu’on va faire semblant d’aller magasiner pour pouvoir stationner notre automobile sans avoir à payer les parcomètres de la plage. Malheureusement, on s’est fait avoir… on a magasiné pour vrai. J’ai acheté un skimboard, une planche de bois super mince qui sert à rider la petite surface d’eau que laissent les vagues de l’océan lorsqu’elles se brisent. On s’est donc tournés vers une soirée boissons et sport extrême. À l’entrée de la plage, deux hommes saouls se battaient.. probablement à cause de l’alcool. Nous avons donc regardé le spectacle rapidement avant que j’aie commencé mon nouveau sport ! Étonnamment, j’ai appris rapidement à maîtriser la planche de skimboard et j’ai même réussi à faire des airs ! Ma copine a encore une fois eu la gentillesse de capter ces beaux moments, avec le coucher de soleil derrière nous. En partant de la plage, l’homme très saoul qui se battait plus tôt dormait maintenant à côté d’une caisse de 24 Budweisers pleine et très froide… mon instinct de gars assoiffé a apporté l’idée d’en prendre possession, mais mes bonnes valeurs ont pris le dessus et je suis reparti les mains vides.

Je me demande encore aujourd’hui si le dieu de la bière existe, car ce soir-là, quelque chose d’extrêmement improbable est survenu : en sortant du Walmart, une caisse de 24 Budweiser pleine et très froide était au beau milieu du stationnement, avec aucune personne autour. Celle-là, je l’ai prise.